Équilibre : Maintenez le !

Prendre de l’information, situer son corps dans l’espace, optimiser son organisation dans une situation en équilibre précaire… il existe bel et bien une qualité physique d’équilibre, préventive et déterminante dans toute performance sportive.

Transversal à l’ensemble des qualités physiques, l’équilibre influence en premier lieu les qualités composantes de l’adresse. Cette dernière, elle même délicate à définir, fait référence à l’ensemble efficace des habiletés motrices,  exprimées au service d’une tâche donnée. Michel Pradet la définit comme « la faculté d’exprimer une motricité d’efficacité maximale ». La notion d’efficacité est donc au cœur de cette définition. Il propose de diviser la motricité en 5 groupes: La coordination motrice, la précision motrice, l’économie énergétique, la fiabilité de l’exécution motrice, et la vitesse d’acquisition motrice. Sa définition dépasse dès lors le seul stade de l’efficacité, l’adresse induisant les notions d’efficience (rendement), de durabilité, et d’évolution.

A tous ces niveaux, l’équilibre joue un rôle déterminant qui influencera autant les contenus d’entraînements physiques que techniques.

Une qualité composite et transversale

Le développement de l’équilibre est une priorité de l’entraînement moderne, tant pour la préparation du sportif que pour sa prévention. Aider à construire un schéma corporel, mieux dissocier le haut et le bas du corps, améliorer l’efficience et l’efficacité gestuelle, sont autant d’optimisations de l’adresse induites par l’amélioration de la qualité d’équilibre. Les autres qualités physiques ne sont pas insensibles à ce type de travail : il implique des impacts positifs sur l’adresse, mais aussi sur la technique, la force, la souplesse, la vitesse, voire sur l’endurance !

Gillot et Pelletier, en 2004, nous apprennent notamment que tout dérèglement de la proprioception entraîne tôt ou tard des lésions articulaires.

Si l’effet sur la performance est réel, ce n’est pas l’unique objectif poursuivi par le préparateur sportif. L’amélioration de l’équilibre est aussi et surtout un facteur central de prévention. Les synergies intra et intermusculaires, la plus grande vigilance neuro musculaire, la stabilité articulaire, sont autant de limitations à la blessure du sportif. Il existe même un impact sur les structures osseuses et articulaires : en libérant ces structures d’une partie de leurs tensions, le développement du sens de l’équilibre permet de limiter les pathologies d’usures et accidentelles. Enfin, l’aspect ludique et varié des différentes situations proposées font de ce type de travail l’un des vecteurs de la préparation physique les mieux accueillis.

Équilibre, perturbation et stabilité

En physique, l’équilibre est l’annulation des forces s’exerçant sur un système, lui permettant de se stabiliser dans un état de repos. Plus grande est la stabilité d’un sportif, moins une perturbation aura d’effet sur son équilibre. Un sportif capable de s’équilibrer, c’est un sportif plus performant dans des situations instables ou inhabituelles, et moins sujet aux accidents, globaux (chute), ou locaux (entorse, claquage…). Les études récentes mettent en avant les différences entre sportifs « experts » en équilibre et sportifs « non-experts » en équilibre. Les experts font la différence sur trois aspects :

  1. Ils trouvent évidemment plus facilement leur équilibre en milieu instable,
  2. Ils sont capables dissocier les différentes parties corporelles et de les allouer à d’autres tâches motrices que le simple maintien de l’équilibre,
  3. Ils captent et exploitent plus efficacement l’information et s’y adaptent avec plus de pertinence.

Prise d’informations extéroceptives et proprioceptives

Dans une activité physique, c’est donc l’ensemble des adaptations motrices que va produire l’individu qui va lui permettre de s’équilibrer de manière stable dans l’espace. Ces adaptations induisent deux paramètres complémentaires : la prise d’information, et la coordination.

La prise d’information peut être interne ou externe. La prise d’informations « extéroceptives » concerne principalement les stimuli extérieurs, captés par les divers récepteurs situés dans les organes des sens (vue, ouie, toucher, odorat, goût). Ces mécanismes renseignent le système nerveux sur l’environnement extérieur à l’organisme.

La prise d’information interne, quant à elle, est du ressort de la proprioception et de la kinesthésie. Développer sa proprioception, c’est améliorer sa capacité, même sans repère visuel, à situer son corps (ou certaines de ses parties) dans l’espace, qu’il soit ou non en mouvement. Ces informations « proprioceptives », proviennent de divers capteurs dans les différentes régions de l’organisme. Ce sont ces récepteurs qui renseignent en permanence le système nerveux, et plus particulièrement les centres de régulation du mouvement et de la posture, stimulant de nombreux réflexes de contraction et de relâchement musculaires. C’est en partie ainsi que l’équilibre, via le travail proprioceptif, améliore transversalement  les autres qualités physiques et techniques.

Le saviez-vous ? L’équilibre influence énormément les qualités, techniques et physiques. Par exemple, un tel travail permet à un culturiste, power lifter ou haltérophile de progresser d’une autre manière dans sa pratique, en puissance, endurance, comme en technique

La coordination comme base grammaticale de l’adresse

Au vu des vertus techniques et préventives de la proprioception, l’équilibre concourt à l’évidence à la coordination d’un sportif.

La coordination peut se définir comme l’organisation adaptée des différentes parties corporelles entre elles lors d’un acte moteur. Contrairement à ce qu’avancent certains auteurs (comme Weineck), il est donc partiellement inexact de considérer la coordination comme synonyme de l’adresse. Au regard de cette définition, la coordination serait « la grammaire » de l’adresse, le préalable indispensable, mais complété par les nombreux facteurs exposés ci avant pour constituer la qualité générique d’adresse.

Développer la coordination motrice constitue bien sur une priorité absolue. Weineck rappelle en effet que tout nouveau mouvement s’effectue sur la base de coordinations préalablement acquises. Plus ces coordinations sont nombreuses, précises et automatisées, et plus il sera facile d’en acquérir de nouvelles. D’autre part, disposer d’un panel de coordinations riche et automatisées permet de décharger le système informationnel et nerveux pour l’allouer à d’autres tâches lors d’une mise en situation complexe, permettant au sportif de consacrer ses ressources à la gestion d’une situation, plutôt qu’à l’exécution gestuelle proprement dite.

Eclaircissons cela grâce à un exemple simple :  il est impensable pour un sportif d’effectuer un squat complet à charge élevée alors qu’il consacre toute son énergie à l’équilibration de sa barre.

En améliorant la perception des sens par l’esprit, on espère affiner la  motricité au service de la prévention et de la performance.

Les enjeux du développement d’une coordination riche et variée sont donc de faciliter le devenir moteur du sportif, de stabiliser ses réponses motrices même si elles sont perturbées (par un adversaire, le contecte, etc.), et d’optimiser ces réponses dans l’action en déchargeant le système nerveux et informationnel.

Maintenant que vous savez pourquoi il faut maintenir son équilibre, lisez la seconde partie de cette article ici ! 

 


Pour aller plus loin…

Article : La récupération : les méthodes (1/2)

Vidéo : Appui proprioceptif sur TRX

Team ABD

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