Athlétes, haltérophiles, culturistes, profs de gym, kinés… Depuis une grosse quinzaine d’année, de nombreux acteurs du sport “surfent” sur une vague à la mode : la dimension physique de la préparation du sportif. A tel point qu’il est depuis quelques temps très difficile de savoir qui se cache dans le survêtement du préparateur physique.

Un peu d’histoire…

Lorsque Bernard Laporte arrive au stade Français, en 1995, il ne tarde pas à faire appel, en précurseur à des préparateurs physiques extérieurs. Activité déjà très développée outre atlantique, la préparation physique n’a, à l’époque, que peu de représentants formellement identifiés en France. Il décide alors de faire appel à des spécialistes de la dimension énergétique de l’effort, qui interviennent sur le registre de déplacement principal du rugby: la course. Débarqués de l’INSEP, des entraîneurs d’athlétisme vont donc contribuer à la grande histoire de la préparation physique, dont le rugby est aujourd’hui encore l’un des principaux centres d’innovation.

Il faut dire que les athlètes, depuis les années 80, se sont énormément investis dans le conseil aux autres disciplines, pour plusieurs raisons:

  • Il maîtrisent largement des notions d’effort énergétiques, très obscures pour les autres sports…
  • Les sports professionnels sont presque les seuls à pouvoir les embaucher, et ils utilisent justement la course comme moyen privilégié de déplacement et donc d’entraînement. En outre, la richesse des gammes de déplacement athlétiques permet l’amélioration de la technique de course de n’importe quel sportif.
  • Les disciplines athlétiques, très fermées et prédictibles, ont obligé leurs entraîneurs très tôt à introduire un maximum de variété dans leur approche de l’entraînement. Ils disposent alors d’un vaste contenu très rapidement transférable et adaptable à de nombreux sports.
Pendant plusieurs années, les athlètes jettent les bases pratiques de la préparation physique sportive. Elles seront renforcées par d’autres disciplines énergétiques comme le cyclisme ou la natation (notamment dans le domaine de l’affûtage). Dans le même temps, le mouvement EPS (dont beaucoup de représentants sont issus… de l’athlétisme) contribue à une théorisation de cette pratique émergente. La notion de logique interne, qui deviendra plus tard logique interne sportive, ou encore de “problème fondamental”, permettront aux apprentis préparateurs physiques de circonscrire au plus vite des disciplines qu’ils maîtrisent peu au sein desquelles ils seraient amené à intervenir.

Mais l’athlétisme ne saurait répondre, en tant que discipline support exclusive, à la variété sans cesse grandissante des exigences de préparation physiques:

  • Les athlètes, non spécialistes des méthodes d’amélioration de la force, montrent souvent leurs limites dans les salles de musculation
  • L’utilisation systématique de la course pour améliorer les qualités physiques fut peu à peu décriée, notamment pour les disciplines n’utilisant pas ce mode de déplacement (voir encart)
Référents de l’énergétique (et donc des qualités d’endurance), les athlètes connurent diverses concurrences qui enrichirent la préparation physique, à commencer par les spécialistes de la musculation. Rien de plus logique lorsque l’on voit le temps consacré au renforcement musculaire.

Les culturistes, spécialistes du renforcement musculaire analytique, mais aussi les haltérophiles, experts d’explosivité, de prévention du dos sur des mouvements d’ensemble, ainsi que les power-lifters se sont également positionnés très tôt. Historiquement plus axés sur des approches “forme” et bien être, les spécialistes de ces disciplines se sont très vite imposés comme conseillers en préparation physique dans les sports où la force peu faire la différence. Ainsi apparurent progressivement dans le dernier tiers du siècle dernier, les salles de musculation dans les centres d’entraînement sans que le concept de préparation physique ne soit franchement mis en avant. Les sportifs en avance sur leur temps qui pratiquent ce type d’entraînement complémentaire revendiquent alors faire de la musculation. Aujourd’hui encore, le monde des poids est identifié comme un acteur incontournable de la préparation sportive, puisque certains rugbymen du XV de France ont recruté pour leur préparation du mondial… des culturistes. Le stade Français – encore lui – a récemment complété son saff en recrutant… un haltérophile. Comme les athlètes, ces intervenants apparaissent donc comme ultra spécialistes des qualité de force et de puissance… mais moins pointus sur les dimensions énergétiques.

Un autre groupe d’acteurs du sport fut partie prenante dans la constitution d’origine variées et parallèle de la “discipline” préparation physique, ceux que je regrouperai sous le terme global “médical”. En effet, les médecins se sont très tôt investis dans la dimension physique de la pratique, notamment par la mise en place de nombreux protocoles de recherche sur les qualités physiques, et la création de tests de référence. Mais il y a aussi et surtout les kinésithérapeutes, qui aujourd’hui encore revendiquent une partie de la paternité de la préparation physique. A juste titre, mais plus tard, puisque leur intervention dans la préparation sportive concorde avec l’émergence d’une dimension prophylactique dans l’entraînement. Nous leur devons donc une grande partie du travail préventif, kinesthésique et proprioceptif (notamment le travail en équilibre instable), ainsi qu’un approfondissement des techniques de gainage. Ils sont donc référents dans les domaines de la prévention, et de l’amélioration de la qualité d’équilibre.

Enfin, citons l’influence gymnique sur des champs de la préparation physique comme le renforcement musculaire sans matériel, la dimension bio-informationnelle, la prise de risque (d’avantage du ressort de la préparation mentale), et dans un autre style que les kinésithérapeutes, la proprioception et le gainage.

Cet historique tentaculaire, à évolutions multiples et parallèles, permet de comprendre qu’aujourd’hui, de nombreux professionnels du monde sportif peuvent se revendiquer préparateur physique, d’autant plus qu’aucun statut de préparateur physique n’existe réellement pour le ministère des sports.

Si ces acteurs, pour la plupart, sortent de leur spécialité pour devenir plus polyvalents et couvrir l’ensemble des dimensions physiques et préventives dans leur intervention, l’enjeu est aujourd’hui de maîtriser un minimum la discipline où l’on intervient, voire d’en être issu: sans forcément être international d’une discipline, qui peut se dire préparateur physique en judo sans jamais avoir porté un kimono, et goûter à l’adrénaline d’un adversaire qui décide de la souffrance physique pour vous? De même le préparateur passera-t-il à côté d’évidences si il prépare un marin pour une transatlantique sans savoir ce qu’est produire un effort pendant plusieurs semaines en dormant peu dans quelques mètres carrés, en risquant la mort systématiquement.

Les 4 influences de la préparation physique

Sans remettre en cause l’origine, la formation, ou les convictions d’un préparateur physique, ces quelques exemples illustrent deux nécessités absolues:
  • Mettre à jour ces compétences pour adapter ses capacités d’intervention à l’ensemble élargi des besoins physiques modernes
  • Faire graviter toutes ces compétences autour d’un contenu central : la discipline cible

Voici un schéma illustrant ces différentes influences dans les contenus de la préparation physique.

Nous vous recommandons la lecture de l’UNE HISTOIRE RACONTÉE DE LA PRÉPARATION PHYSIQUE, de Norbert Krantz.

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